Patrimoine
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Localisation
Située en Lorraine, dans la Vallée de la Mortagne, à 74 Km au sud-est de Nancy, dans le département des Vosges, l'Abbaye Notre-Dame d'Autrey forme avec ses jardins, un ensemble unique dans un petit village de 300 habitants: Autrey.
Autrefois, les deux vallées de Moselle et de Meurthe étendaient jusqu'aux Vosges, non seulement l'influence politique et économique de l'évêché de Metz, mais encore son rayonnement spirituel.
La rivière, à cet endroit, sort de la montagne, partageant l'arc de forêt qui couvre, d'Epinal à Baccarat, le versant nord-ouest des Vosges. La vallée, étroite et pittoresque qu'elle s'est taillée dans les poudingues du grès vosgien, s'épanouit tout d'un coup. Sur la rive gauche, l'altitude décroit et la forêt de feuillus de Sainte-Hélène continue presque jusqu'à Rambervillers. Sur la rive droite, la ligne des résineux suit les hauteurs qui s'infléchissent vers le nord-est, pour former une séparation avec le bassin de la Meurthe. A l'intérieur de ce cadre boisé où commence le plateau lorrain, le relief s'abaisse peu à peu vers la rivière qui étale largement sa vallée. Un peu surélevée, la route de Bruyères à Rambervillers s'approche de la Mortagne et rencontre plusieurs voies très anciennes, notamment le "grand chemin" de Saint-Dié". Le gué permettant de passer la rivière a sans doute fixé l'emplacement de l'abbaye et du village.
Avant la révolution, de nombreuses abbayes de bénédictins, de cisterciens et de chanoines réguliers ont reçu la belle influence de saint Colomban et de Saint Benoît au 7ème siècle, ainsi que de saint Bernard au 12ème siècle. Mais toutes ont disparu aujourd'hui, soit totalement comme l'Etanche et Mureau ou avec une autre destination comme Senones et Moyenmoutier ou Droiteval.
Aujourd'hui, l'Abbaye Notre-Dame d'Autrey est la seule de toutes les abbayes vosgiennes d'ancienne fondation qui abrite encore en ces murs une communauté, témoignant par là une certaine continuité du site quand à sa vocation de lieu de prière, de recueillement et d'accueil.
Ainsi inscrite dans un très beau site naturel et malgré une histoire tourmentée depuis sa fondation en 1149, l'Abbaye Notre-Dame d'Autrey demeure et est en route vers son neuvième centenaire.
Les grandes composantes du site

Une vue de l'abbaye aujourd'hui permet de situer ses grandes composantes: l'Eglise, les bâtiments conventuels, le cloître et le logis de l'Abbé.( ci-contre, l'abbaye restaurée en 1860)
La superficie des bâtiments est de 3 213 m2 répartis sur 6 hectares de terrains.
Eglise Abbatiale: 880 m2 ;Logis de l'Abbé: 254 m2 ;Bâtiments conventuels:1027m2; Bâtiments annexes : 1052 m2
Classement Monument Historique:
En bâtiments :
- L'Eglise Abbatiale dans son entièreté, classée le 08 juillet 1911.
- Les façades et couvertures des Bâtiments Conventuels et du Logis de l'Abbé, classées le 19 septembre 1931.
- La grille d'entrée, les façades et couvertures des pavillons de l'entrée, classées le 19 septembre 1931.
- Les Arcades Romanes de l'ancienne Salle Capitulaire dans le Bâtiment Conventuel, classées le 04 novembre 1955.
En mobilier :
- La statue de Saint Augustin en bois du XVIIIème siècle, classée le 03 novembre 1928.
- La statue du Christ en Croix en bois du XVIIIème siècle, classée le 15 janvier 1965.
- La statue de la Vierge à l’Enfant en bois du XVIIIème siècle, classée le 14 juin 1965.
- La statue de Saint Hubert en bois du XVIIIème, classée le 11 janvier 1972.
Une étude approfondie a été commandée en l’an 2000 auprès de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Lorraine faisant ainsi apparaitre le besoin de restauration des charpentes et couvertures. Ces travaux, mis en œuvre en 2005 prendront fin en 2012.

Historique de l'Abbaye Notre-Dame d'Autrey
A son retour de la deuxième croisade, à la fin de l’année 1941, le cardinal Etienne de Bar, évêque de Metz fonde l’abbaye Notre-Dame d’Autrey dans laquelle s’installe une communauté de chanoines réguliers. Elle est construite dans un style baroque.

L'influence de la guerre du Téméraire
Entre 1537 et 1545, l’abbé Claude Steveney entreprend la restauration de l’église abîmée au cours de la guerre du Téméraire. Cet ouvrage conduit par deux maîtres maçons d’Epinal aboutit à un bel ensemble : le transept, le chœur, le chevet et la chapelle Saint Nicolas avec les vitraux (du XVIème, XIXème et XXème) assurent un beau compromis entre le style gothique et celui de la Renaissance. La chapelle Saint Hubert, au nord-est est un magnifique monument vosgien de la Renaissance (unique chapelle Renaissance au nord des Alpes et haut lieu de pèlerinage autrefois).
Au XVIIème siècle, ces abbayes sont organisées en Congrégation. L’abbaye Notre-Dame d’Autrey était d’abord rattachée à l’abbaye picarde d’Arrouaise, sa maison mère. La raison de cette fondation isolée dans les Vosges s’explique peut être par les liens d’amitié qui unissaient Saint Bernard, Etienne de Bar et l’abbé d’Arrouaise. Ceci expliquerait aussi le plan cistercien qui a présidé la construction des bâtiments. L’abbaye Notre Dame d’Autrey rejoint la Congrégation des Chanoines Réguliers de Notre Sauveur en 1656.
A la fin de la guerre de Trente ans, l’abbaye pillée par les armées impériales, les maisons renversées et brûlées, les religieux dispersés, le site reste abandonné durant 20 ans.
Au XVIIIème siècle, les religieux entreprennent la reconstruction de l’abbaye sur le plan actuel sous les directives de l’Abbé Pastoret.
Entre 1704 et 1707, l’aile Est est construite. La nef de l’église qui datait du XIIème siècle est changée. La nouvelle nef est construite avec des élévations différentes, sur les ruines de l’ancienne avec une travée de plus que la nef actuelle.
De 1715 à 1717, c’est la construction du pavillon de l’abbé dont le jardin est pris sur l’ancien cloître. Il est à l’écart des autres bâtiments et un mur de trois mètres de hauteur le sépare du monastère. Il n’en est relié que par un passage souterrain entre les deux bâtiments.
En 1738, la flèche surmontant la croisée de transept qui menaçait ruine est déposée et ne sera jamais reconstruite, jusqu’en 2008 à l’occasion du projet de restauration (cf La restauration).
A partir de la révolution et au gré des politiques, l’abbaye d’Autrey changera de vocation première à plusieurs reprises.
En effet, en 1791, l’Etat met la main sur l’abbaye et la vend le 8 juin de la même année. L’acquéreur est un maître de forges de Mortagne nommé Joseph Colombier.
L’église devient manufacture de tréfilerie (passer du fer ou un autre métal par la filière pour l’étirer en fil).
Le propriétaire fait dresser un mur au niveau du transept et détruit le clocher pour creuser un canal qui traverse la nef. Un plancher couvre la nef à 2,50 mètres de hauteur. A la sortie de l'édifice, un bras d'eau va au moulin tandis que l'autre actionne la roue de l'atelier à épailler le fer.
Les petits-neveux de monsieur Colombier se succèdent à la tête de la tréfilerie, mais leur affaire déclinant et leurs finances s’estompant, ils sont contraints de mettre le domaine en vente en 1849. Neuf longues années passent : les rares amateurs reculent devant le coût de la remise en état. L'exploitation de la tréfilerie cesse en 1858.
De 1860 à 1905, elle devient petit séminaire diocésain sous la décision de Mgr Caverot, évêque de Saint Dié. C’est le mémorial du dogme de l’Immaculée Conception ».
Le séminaire ouvre à la rentrée 1860 après quelques travaux et accueille 85 jeunes gens. Mais rapidement, le recrutement se raréfie. C’est pourquoi Mgr Foucauld décide de fermer Autrey en 1905.
De 1911 à 1930, elle est transformée en hospice départemental pour vieillards. Heureusement le 08 juillet 1911, les Monuments Historiques classent l’église avant que les nouveaux occupants s’installent en 1912.
La guerre de 1914 transforme l’abbatiale en infirmerie.
Puis de 1930 à 1973, un élan de vocation arrivant, Mgr Marmottin repense à Autrey pour y installer à nouveau un petit séminaire. Il recouvre l’abbaye pour 500 000 francs.
Les dégats de la seconde guerre mondiale
Occupée par les Allemands, bombardées en septembre 1944 et minées à leur départ, l’abbaye Notre-Dame d’Autrey subit de lourds dégâts : le portail est détruit, la flèche du clocher s’effondre en emportant une partie de la toiture de la nef et du transept.
Cependant, en 1958, le clocher, le portail et la toiture sont remis en état par Mr. Texier, Architecte en Chef des Monuments Historiques. En revanche, la toiture de transept reste simplement consolidée.
L'ébranlement de la maison ayant fragilisé la charpente, des travaux sont engagés en 1952. Ils permettent de découvrir les vestiges de la Salle Capitulaire et du Cloître de la première abbaye. Cet endroit deviendra la chapelle Saint-Bernard, classée " Monument Historique" le 4 novembre 1955. Une relique du saint abbé y est conservée.
Si l’histoire comme les guerres ont marqué les lieux c’est pour mieux nous apporter un éclairage sur plusieurs siècles d’architecture en abbaye, qu’il s’agisse du plafond à caisson de la Renaissance comme des bâtiments conventuels du 18ème siècle ou encore du clocher néo-gothique de la fin du 19ème siècle.
Aujourd’hui, l’abbaye Notre-Dame d’Autrey est occupée depuis 1982 par la communauté des Béatitudes.

